04.02.2010
Yves Saint Laurent, Anna Wintour et moi
Je viens de passer une dizaine de jours au showroom Yves Saint Laurent en tant qu'habilleuse. Et si cette fois-ci je peux vous dire de quel showroom il s'agissait, c'est simplement parce que ce fut un vrai plaisir. L'ambiance était détendue malgré quelques périodes de stress assez intense lorsque les clients voulaient voir l'intégralité de la collection et que les pauvres mannequins s'épuisaient à revêtir encore et encore les mêmes tenues, sans compter que bien des fois les clients ne faisaient pas attention et leur demandaient de remettre les vêtements qu'elles venaient tout juste d'enlever! Ca n'a l'air de rien, comme ça, mais c'est en réalité très fatigant pour elles, et je peux vous assurer que ce n'est pas un métier facile.
Quant aux vêtements, ils étaient d'une élégance irréfutable, digne des couturiers parisiens tels qu'on se les figure. Il s'agissait de la pré collection automne/hiver 2010, dont voici quelques extraits :









Je ne vous ferai pas le récit détaillé des jacquards imprimés, des plissés et des noeuds, des accessoires qui éclairent les silhouettes et autres manteaux de zibeline, car d'autres blogs de mode s'en sont déjà chargé. Non, ce que dont j'aimerais vous parler, c'est de la délicatesse des finitions et de ces petits détails que les journalistes de mode ne peuvent pas voir depuis les bancs privilégiés des défilés et qui pourtant, de mon point de vue de modeste couturière, font des grandes maisons de couture ce qu'elles sont. Evidemment je pourrais vous donner un exemple, tel que le biais d'un demi centimètre à peine qui recouvrait la couture d'emmanchure de l'une des robes de la collection, ou le crochet ajouté en haut de chaque fermeture milieu dos, comme pour parfaire la ligne d'encolure. Mais combien parmi vous sont assez couturier(e)s pour s'intéresser si pointilleusement à ce sujet et écouter mes bavardages techniques? Bien peu, me semble-t-il. Et c'est tant mieux car ça n'a pas d'importance. Ce qui en a, je crois, c'est de savoir qu'il existe de si beaux atours, et des personnes pour les confectionner avec tant de soin, comme s'il s'agissait de trésors. Moi, ça me fait rêver...
Avant de vous quitter j'aimerais vous faire part de deux petites anecdotes. D'abord, j'ai dû préparer un petit "colis" pour Angelina Jolie : robe du soir, chaussures, pochette et boucles d'oreilles. Avec une autre habilleuse, nous nous amusions à imaginer qu'on y glisserait aussi un petit mot : "chère Angelina, voici votre toilette, préparée avec soin par...". Ah ah. La belle ne se doute pas du nombre de personnes qui ont oeuvré pour elle (tout ceci est parti à L.A pour je ne sais quelle cérémonie, et revenu quelques jours plus tard). Et puisqu'on en est à la rubrique "people", sachez qu'Anna Wintour nous a rendu visite au showroom. Enfin, quand je dis "nous", vous pensez bien qu'elle n'est pas venue saluer les petites habilleuses!! Elle n'a d'ailleurs même pas "voulu" des mannequins, d'autres sont venues spécialement pour elle. Un salon a été fermé, où lui ont été présentées les pièces de la collection qu'elle avait choisies. Nous avions l'interdiction formelle d'y pénétrer. Tout le monde était sur le pied de guerre avant son arrivée, veillant à ce que chaque vêtement soit bien repassé, boutonné, rangé, et surtout pas tâché (il a été interdit aux filles de se maquiller jusqu'au jour de sa venue!!)... Elle est finalement allée faire un tour dans le showroom afin de voir l'intégralité de la collection, et nous avons ainsi pu l'apercevoir. Je dois dire que je l'ai trouvée particulièrement chic, très classe, et même belle. Si, si!! Quoi qu'il en soit, elle mérite bien son nom de papesse de la mode car, pour les vingt minutes de sa visite, la maison tout entière fut chamboulée...
16:58 Publié dans grands couturiers | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
20.11.2009
Huit mois plus tard
Vous vous souvenez de mon tout premier message? Eh bien je peux enfin vous montrer les photos du shooting :
Vous remarquerez qu'il n'y a rien de fou, pas de superpositions invraisemblablement harmonieuses comme les affectionne Marie. C'est que lorsqu'il s'agit de haute couture, ça ne rigole pas. C'est le look tel qu'il a été décidé par le créateur, et rien d'autre. Mais c'est sans doute parce que les tenues sont si belles qu'elles se suffisent à elles-mêmes...
09:43 Publié dans haute couture | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
17.11.2009
Le bal des petites mains
Voilà déjà presque deux mois que j'ai délaissé ces pages, non pas qu'il ne se passait rien mais au contraire parce que j'ai fait tellement de choses que je n'ai pas eu une seconde à moi pour prendre le temps de venir vous les raconter!
J'ai bien avancé les costumes du ballet, mais je vous en reparlerai plus tard. J'ai tout de même confectionné une vingtaine de costumes, et j'ai eu la chance d'être secondée par une adorable jeune couturière que j'ai rencontrée lors de mon stage comme habilleuse dans une grande maison de couture le mois dernier. Notre tâche consistait principalement à habiller les mannequins dans la cabine du showroom, mais nous étions surtout celles qui connaissaient le mieux tous les looks de la collection que les acheteurs des boutiques les plus huppées de la planète venaient admirer puis choisir. Ainsi lorsqu'il fallait retrouver la robe du look 14 ou le pantalon du look 20 que ces acheteurs potentiels avaient pris avec eux puis reposés au hasard sur les portants, c'était nous que l'on venait chercher. Et chaque soir il nous fallait remettre tous les looks dans l'ordre... J'ai trouvé très intéressant de voir comment tout cela se déroulait, mais je dois dire que j'ai été assez outrée par nos conditions médiocres, à savoir environ dix heures de travail quotidien pour un salaire de misère (vive les stagiaires!), surtout que nous étions relativement indispensables pour tout mettre en ordre et aider les filles à se vêtir. Cela étant, toutes les maisons de couture ne méprisent pas de la sorte leurs habilleuses, et je devrais si tout va bien renouveler cette expérience ailleurs, et être appréciée à ma juste valeur.
Et à présent j'aimerais vous raconter la semaine que je viens de passer dans le showroom Valentino, où j'étais vendeuse à l'occasion d'une vente privée. Je dois d'abord vous dire que cette vente avait lieu dans de "chic'issimes" salons délicieusement parisiens, avec miroirs et moulures, fenêtres immenses et parquet sombre.
Le premier jour quand je suis arrivée, très en avance comme à mon habitude, il a fallu déhousser plusieurs milliers de robes, jupes, vestes, manteaux et autres merveilles. Vous vous doutez du bonheur avec lequel je me suis attelée à la tâche. Après ça il a fallu les répartir sur les portants par catégorie et par taille. Je n'exagère pas en vous disant que j'étais littéralement perdue dans un labyrinthe de portants, pour la plupart plus hauts que moi, et que je me demandais bien comment nous allions réussir à tout caser. Mais ce fut pourtant le cas. J'aurais aimé vous montrer toutes ces merveilles mais vous comprendrez que je ne le peux malheureusement pas. Je peux toutefois partager une petite photo montrant les détails d'une sublime cape :

J'étais au "rayon" accessoires (sacs, bijoux, chaussures), et pour ceux qui me connaissent vous ne serez pas étonnés de savoir que je me suis plus particulièrement occupée des souliers. Et quand il y avait trop de monde je migrais dans le salon du prêt-à-porter ou des robes du soir. Ainsi je suis tombée sur une cliente qui a essayé celle des robes que je trouvais la plus belle, et je me suis empressée de le lui dire, ravie que j'étais de la voir portée. Je l'ai ensuite aidée à trouver les escarpins qui iraient parfaitement avec, ainsi qu'une pochette. Ce fut un vrai plaisir, et j'ai recommencé avec d'autres clientes qui furent toutes, semble-t-il, contentes de mes conseils. Plusieurs m'ont demandé si je faisais ça à plein temps et m'ont vivement recommandé de m'y mettre. J'ai alors réalisé que le stylisme pour les particuliers me correspondait davantage que le stylisme de mode, destiné aux magazines.
J'ai d'ailleurs pu m'en convaincre en habillant à l'occasion d'un showcase un de mes amis comédiens et sa partenaire de jeu, comprenez Cendrillon et son prince (actuellement au théâtre Mogador - un peu de pub au passage!), mais également une autre amie chanteuse dont j'ai fait le stylisme pour le livret de son album à venir. Cela donnait ceci (les photos sont de Franck Laguilliez) :




Voilà pour les dernières nouvelles. Je reviendrai dès que possible vous parler des costumes et du reste. A bientôt.
13:38 Publié dans grands couturiers | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note








